« Allez courage, courage, encore courage »

 

Détroit, Olympia 2014 

  gimme

©Frédéric Lemaître

 

 

Jour 1. Lundi 13 octobre 2014

Nous y voilà donc. Octobre semblait si loin quand il y a quelques mois déjà les billets pour l’Olympia partaient comme des friandises. Cette deuxième partie de tournée a commencé à Bordeaux il y a quelques jours et l’espérance d’un renouvellement dans la set-list me traverse l’esprit.

Le temps est frais et l’ambiance est bonne sous les néons parmi l’attente des habitués. Alors que le trottoir de La Cigale fourmillait de jeunes générations, ici c’est plutôt des trentenaires et quarantenaires qui sont légions… et pas moins frénétiques, du reste !

Alors que le gouvernement de François Hollande s’enfonce à grands pas dans un marasme sans nom à mi-parcours du mandat et à deux ans donc des prochaines élections présidentielles, que l’ombre du FN obscurcit les esprits et que Nicolas Sarkozy pointe de nouveau son nez comme un sauveur qu’il se croit être, quelqu’un dans la file d’attente se plaint, dit que la parole politique de Bertrand manque, qu’il faudrait un nouveau réveil citoyen. Mais se sent-il aussi libre de s’exprimer qu’avant ?

L’Olympia c’est tout un symbole et je pense aux membres du groupe qui doivent frémir de se retrouver là, de leur émotion d’entrer dans ce temple de la chanson française… si tant est que ça veuille encore dire quelque chose et j’ai presque le trac pour eux.

En façade au-dessus de nos têtes, silencieusement crépitent les néons qui, plus le soir tombe et plus le rouge passion illumine le boulevard. Trônant comme une couronne en haut du nom du groupe, trois dates et trois formations se succèdent : Celles des premières parties qui auront l’honneur d’ouvrir les soirées, alternativement.

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Et ce soir c’est Salomé Leclerc qui s’y colle.

Un petit bout de femme, québecquoise de surcroît, qui sous ses airs tranquilles n’en est pas pour le moins émue. Son jeu de guitare aérien fait des miracles et l’assurance de ses mains frappant une cymbale démontre sa volonté de surprendre, et ça marche. Mais là où elle valide l’essai est sans conteste avec sa reprise  Vingt ans de Léo Ferré, libre et décomplexée. Une réussite !

Depuis deux heures court le bruit que les Shaka Ponk seraient ici, et effectivement il y a du monde au balcon… L’arrivée de Frah provoquera même un petit mouvement de foule chaleureux. On peut peut-être espérer un Tostaky en leur compagnie… mais bref, je me tais, Détroit entre en scène et dans un accueil assiégé de bonheur le groupe ouvre sereinement avec Ma Muse. Entrée en matière déjà frôlée d’ardeur, Bertrand part caresser l’ampli de sa guitare pour provoquer un larsen, nourrissant la fin du morceau d’une beauté empoisonnée.

Diantre qu’ Horizon me trouble encore et qu’il est prodigieux ce moment instrumental où tout monte et s’éternise de volupté, où la pensée fragile se libère des entraves et implose comme une circulation de sens dans les veines.

Le groupe est en forme, heureux d’être ici. Son plaisir est palpable.

Et déjà la première belle surprise de la soirée se pointe sur une corde sensible car après un prologue instrumental qui lentement fait monter la tension, c’est Ernestine qui débarque. Nouvelle entrée dans la set-list donc et avec grandeur puisque pour l’occasion le groupe est accompagné de Catherine Graindorge au violon et de Lisa Berg au violoncelle. Elles avaient participé à l’enregistrement de quelques morceaux d’Horizons et les cordes apportent inexorablement une sensation de fraîcheur dans l’électricité ambiante du concert, même finissant en apothéose bruitiste.

Malgré le jeu de guitare délicat de Niko A ton étoile flambe instantanément, et est emporté d’une poussée d’énergie après l’intro solo de Bertrand. Tout comme Le creux de ta main qui détale comme une furie et donne droit à des échanges entre les musiciens prouvant une fois de plus  l’affinité qui les unit.

Et de communion encore tout le monde s’agite avec Lazy, légèrement raccourcie (de 2 min quand même par rapport à la Cigale) et qui trouve là un bel espace d’échange. Au milieu de la chanson, tandis que de son côté Bruno Green harangue la foule de ses deux mains dans un sourire malin et joueur, tous les autres musiciens hormis Guillaume qui reste pour battre la mesure, avancent à l’avant-scène pour motiver plus encore le public à chanter le refrain,  inlassables…  avant de repartir musicalement vers ce flamboiement que conserve en lui la cime du morceau.

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« On est très intimidés, parce que vous êtes beaucoup. Si, si, vous êtes plus que nous… ne dites pas le contraire. Et puis c’est l’Olympia… tout ça… c’est impressionnant. Y a plein de gens qu’on aime ici et qu’on salue tendrement, voilà ! » Bertrand se désaltère et, micro en main, continue : « Cette petite chanson est une addition récente… de cet après-midi… à notre petit répertoire. C’est un hommage à Détroit, la ville américaine dont sont issues un paquet de belles choses. Alors c’est un vieux morceau déjà qui s’appelle Gimme Danger, des Stooges »

La surprise est prodigieuse, inattendue ou presque car Bertrand parlait de ce désir-là déjà il y a quelques mois dans un de leurs rares entretiens. Le morceau va s’étendre sur 8 minutes (l’original fait seulement 3m30) :

Sans guitare et toujours micro en main, Bertrand est libre de tout mouvement. Il marche, monte sur le retour, saute à l’avant-scène, se courbe comme animal. Le morceau s’enflamme, est propice à la démesure mais se pare de nuances et frôle sans cesse l’accalmie avant de repartir, incandescent. La chanson ouvre son coeur, puis se dénude frontalement. Alors, dans un interlude ouaté devenu pudique, couché sur le dos dans un silence total, Bertrand psalmodie : « just gimme danger » en boucle, encore et encore. Puis, calmement la partie rythmique redémarre, Bertrand se relève, monte sur le socle de la batterie, nargue une cymbale et s’électrise totalement dans une danse de sioux. La basse de Pascal gronde, la guitare de Niko hurle à la mort, la foule éructe de joie, Bertrand habite tout l’espace, se jette à l’euphorie… tout l’Olympia est en extase !

Alors que maintenant s’étend la nuit, d’une rive à l’autre s’est imposée l’envie de se donner, à la folie…

Et c’est avec la longue intro du Fleuve à l’harmonica que nous naviguons sur un émoi dont on ne se lasse pas. A genoux, Bertrand sème son désarroi avant de terminer par un épilogue en espagnol, assis sur le retour et dont il mettra un long temps avant de se relever, tête baissée, recevant de plein fouet l’émotion délivrée.

« Ça va ? «  demandera-t-il quelques instants après. 

« Une petite chanson dédiée à tous les Vladimir » (On se retient à peine d’espérer « A l’arrière des taxis » mais c’est Lolita nie en bloc qui livre son écorchure.)

Ange de désolation et Null and Void se suivent avec toujours cette même énergie de fin de set qui voit Pascal arpenter la scène, quittant pour quelques instants ce masque de mystère. L’homme est toujours si calme, si retenu que c’en est confondant.

« Merci » lance Bertrand et part en courant rejoindre les coulisses.

Inutile de dire que déjà nous sommes comblés. L’ambiance est excellente et ces petits trésors délivrés font vibrer nos palpitants à l’unisson, mais je m’emporte et vous me trouvez peut-être trop exalté…

Et oui certes, nous passons pour des fous !

Tranquillement, Pascal et Bertrand reviennent avec les musiciennes qu’ils nous présentent de nouveau.

« Elles ne sont pas là tout le temps, vous pouvez vous considérer comme privilégiés »

Et effectivement, la version de Droit dans le soleil est inédite, le violon balade son spleen et borde de peine la voix fragile de Bertrand toujours aussi bouleversante sur ce morceau. « Merci beaucoup » dit-il et diffuse amicalement des mains serrées à tous.

Ils enchaînent alors tous ensemble sur Glimmer in your eyes. Que les cieux quelquefois peuvent-être cléments avec nos coeurs, avec nos peurs même, oserais-je dire. Et si parfois les nuits manquent d’étoiles, cette lueur apaisante que nous offre Détroit et qui brille dans nos yeux est sans prix.

« Merci Lisa et Catherine » conclue Bertrand.

« C’est notre histoire, chacun son tour d’être un tyran ! «  susurre-t-il en ouverture de Sa majesté.

Dans cette ambiance rouge cauchemar, ce titre distille à chaque instant des pensées subjectives. C’est vraiment le morceau où tout pourrait arriver. Encore un autre moment unique à sa façon dans le répertoire scénique du groupe qui offre à Bertrand la liberté de sortir de la marge en réajustant son texte selon l’humeur : « Je sens que souffle la révolte, et puis non… ou alors mal placée… oh et puis non, pas question, la révolte c’est fatiguant » ironise-t-il.

« Un jour à Paris, un jour dans la capitale de la France, un jour en France… » enchaîne-t-il, puis baragouine des phrases dans une langue qui m’est inconnue.  » Et je jure que rien ne se passe !!!!

« Fin de siècle », « Tostaky », ces trois joyaux s’enchaînent maintenant comme une machine infernale rodée à la perfection. Mais Tostaky a ce je ne sais quoi de sauvage qui me plait. Indépendant et carnassier, jusqu’à durer plus de 10 minutes ce soir dans une folie de grande forme… et c’est jouissif ! De concert en concert Détroit devient un grand groupe, je veux dire, tous les cinq forment désormais une tribu indestructible qu’on pourrait retrouver en enregistrement dès 2015 pour un deuxième album.

Mais nous n’en sommes pas là. 

Nouveau départ en coulisses et nouveau retour plus débridé que jamais avec  Catherine et Lisa : « On a essayé de les empêcher de venir mais… Ça va toujours ? Waouhhhhh. Vous avez de quoi respirer ? Y a des fenêtres ici non ?  » blague Bertrand, décidément de très bonne humeur ce soir.

Et c’est Le vent nous portera qui nous est maintenant offert avec cet apport magistral des cordes dont Catherine va nous livrer un solo inattendu en fin de titre porté par la joie de Bertrand qui s’en amuse comme un gamin.

« Ben on est plutôt bien ici avec vous » conclut-il d’ailleurs après  l’ovation faite aux musiciennes qui quittent le plateau.

Et c’est harassé que débute Comme elle vient, mais l’empoigne du public ravive les braises d’une énergie inouïe qui dure maintenant depuis de longs mois. Alors c’est de la folie oui, et si nous décidons de nous y blottir c’est aussi pour vivre ces moments-là, rares et imprévus d’une fin de concert inédite que nous offre Bertrand. Car à l’issue des 6 minutes de Comme elle vient, alors que les musiciens ont posé leur instrument, Bertrand, lui, qui a toujours sa guitare en main embraye sur un morceau inconnu. Alors tous reprennent la route à ses cotés sur les 7 autres minutes que va durer ce titre. Et nous nous demandons de qui est cette reprise (ça sonne comme du MC5, autre groupe de Détroit) car nous ne savons pas encore que c’est une impro. Eric Cantona et sa femme qui se trouvent en loge juste devant la scène n’en perdent pas une miette et vivent intensément le moment, tout comme nous tous.

En radio, en télé il fait d’ailleurs souvent savoir son admiration pour cet interprète qu’est Bertrand : « Un poète exceptionnel, un artiste dans tous les sens du terme. » 

Niko se fond instantanément au paysage musical et démontre une fois de plus son inventivité. Ça promet un grand futur disque si tant est que… si tenté !

C’est donc une soirée majestueuse que nous venons de vivre. Deux minutes de saluts supplémentaires, deux minutes d’ovations euphoriques dans un Olympia gonflé à bloc terminent de nous ravir, des étoiles plein les yeux, devant lesquels Bertrand emporte Bruno dans ses bras au firmament des idoles. Quelle aventure !

 

Jour 2. Mardi 14 octobre 2014

Ce soir c’est George Sound qui ouvre le bal. Et ça n’est pas peu dire car en fin de set sur leur dernier morceau  » Courez «  c’est tout Détroit qui débarque sur scène accompagné pour certains de leur petite amie pour une franche rigolade chorégraphiée.

Etant donné que le concert de ce soir va être à peu de chose près une réplique d’hier, je vais donc être bref.

Tout comme la veille, Catherine et Lisa viennent jouer sur : Ernestine, Droit dans le soleil, Glimmer in your eyes et Le vent nous portera.

La surprise s’étant vivement répandue, le public de ce soir est avide d’entendre Gimme Danger dont la version fera 6 minutes. Un peu moins longue qu’hier donc ! 

Ce soir, Bertrand visiblement très remonté se lance en intro de Sa majesté :

« Un morceau dédié à Mr de la Boétie, l’auteur des « Traités de la servitude volontaire ». Ah c’est pourtant pas jeune et c’était déjà là pourtant… tellement vrai… la servitude volontaire ».

Puis, un peu plus loin dans le morceau :

« La révolte, c’est fatiguant pour nos petites générations… Alors pendant ce temps-là, sa majesté domine bien son sujet… »

Il y a donc une cible visée, celle qui pourrait faire basculer le baromètre d’un futur qu’on nous annonce des plus sombres.

Et c’est en préambule d’ Un jour en France qu’il nous fait part de ses craintes : 

« Ô jeunesse, Ô jeunesse moins le quart, Ô jeunesse à demie, Ô, Ô jeunesse dépolitisée. Laissez monter, laissez monter, laissez monter la température ». Certains spectateurs protestent, sifflent, mais Bertrand, dubitatif, prolonge sur sa lancée : « On en profite ici pour dire en toute humilité qu’il ne faut jamais, jamais renoncer. On est en train de vous faire croire, on est en train de nous faire croire qu’un certain nombre de choses sont des fatalités alors qu’il n’en est rien… et la lutte continue ». Au final le public applaudit, mais est-on sûr à quoi ?

Réveil citoyen disions-nous…

Le concert se termine par Comme elle vient. Pas de bonus improvisé ce soir.

 

Jour 3. Mercredi 15 octobre 2014

Démarrage en trombe avec l’excellente 1ère partie assurée par le groupe Basque Willis Drummond. D’emblée ils me font penser à Fugazi pour leur énergie et leur militantisme, et ça fait du bien de voir un groupe comme eux à L’Olympia.

Pascal et Bertrand ont d’ailleurs des affinités très fortes avec le Pays Basque, d’où cette invitation ici hautement symbolique. Le groupe a déjà ouvert pour leurs concerts à deux reprises et feront encore quelques Zénith. Fraternité.

« Bonsoir, merci, bonsoir  » tonne Bertrand à l’arrivée du groupe sur scène dans un Olympia maintenant sous haute température.

La set-list de ce soir restera la même, mais suivez le guide, je vous emmène à l’intime des mots.

Après la furie des basques, Ma Muse semble d’une douceur toute tempérée mais avec Horizon particulièrement émouvante ce soir les pendules se remettent à l’heure de Détroit, c’est à dire claires et sans appel : « Tout ça pour boucher les pores de nos peaux… les porcs qui bouchent les ports. Prière pour que jamais… prière pour que jamais ils n’y arrivent tout à fait ! «  distille Bertrand.

Mais je parlais aussi de douceur, en voici un exemple : « Des invitées spéciales pour vous, Lisa et Catherine, merci pour elles ».

La nouvelle intro d’ Ernestine est ce soir plus mystérieuse et hypnotise le public non averti qui jubile à la découverte de ce titre nouvellement ajouté. Et avec quelle joie la chanson est accueillie !

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« En ces temps sombres où il semblerait que tout soit fatalité, et bien cette petite chanson, « A ton étoile », pour nous donner un peu de courage. Comme dirait nos amis du Pays Basque  Willis Drummond qui nous précédaient : « courage  courage »

Comme habituellement, Bertrand commence le morceau seul et les comètes traversent les têtes des 2000 spectateurs.

D’un rituel à l’autre les musiciens ont trouvé leurs marques au fil des concerts et comme de rigoureux acteurs ils traversent et se déplacent sur scène à des moments précis. Ainsi sur Le creux de ta main Niko vient toujours au-devant du premier rang, quand Bertrand et Bruno, eux, s’amusent de duels guitaristiques. Tout comme pour Lazy que Bertrand enchaîne à la guitare sans transition, le rituel se répète : Le chanteur part à l’assaut de l’avant-scène pour humer ce que ce public a dans le ventre. La communion est totale une fois encore et le morceau se consume jusqu’à sa nouvelle fin abrupte.

Mais, c’est pour repartir d’autant plus belle dans cette nouvelle ivresse des sens qu’est Gimme Danger.

Guillaume, par habitude enchaîne avec le début du Fleuve jusqu’à ce que ses potes lui soulignent sa confusion et Bertrand d’introduire le morceau : « Une nouvelle chanson ajoutée nouvellement à notre petit répertoire. C’est une chanson des Stooges de Détroit… comme nous ! » Et c’est sur une bouteille vide que Guillaume débute le morceau comme un clin d’oeil à ce son si particulier du groupe américain. L’effervescence est palpable, le micro tournoie au bout du fil, Bertrand est aussi souvent à terre que debout. Il faut dire que la musique d’Iggy Pop secoue jusqu’aux tréfonds.

Un morceau comme celui-là, presque aussi foudroyant que le Helter Skelter de la grande époque (1988-1991) nous manquait ! La version de ce soir dépassera les 8 minutes. « Merci beaucoup » conclut Bertrand avant que le rythme lent du Fleuve ne vienne déposer son habit de nuit : 

« En hommage au bord de l’Adour, en hommage au bord de la Garonne, en hommage au bord de la Seine, en hommage au bord du Rhône, en hommage au bord du Rhin… ça dépend de quel côté de la frontière… enfin « . Oh comme elle est belle oui, la ville et ses lumières… et le morceau exulte de peine et de joie confondues.

Un instant le temps est en suspens, la poésie foudroie toute réticence en demeure et cristallise l’attention.

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Puis, a cappella, Bertrand entonne le début de Lolita nie en bloc jusqu’à la fin de la strophe et « la contemplation de ses… PIEDS » que ponctue une poignée de spectateurs. « Y en a quatre qui suivent… » plaisante-t-il. « Merci d’être là, merci à tous. »

La foule s’émeut.

Alors bien sûr qu’on est emporté par cette générosité et ces moments uniques, et qu’il est bon de nous sentir exister ainsi, n’en déplaise à certains !

S’ensuit Ange de désolation dans une version poignante. Et l’accolade de Bertrand à Pascal en fin de morceau donne la mesure de ces épreuves traversées. Sur Null and Void  il est aussi très expressif. Pascal vient faire son petit tour vers Bruno et tous ensemble quittent la scène après un peu plus d’une heure de concert.

Premier rappel, derniers émois, c’est l’ultime soirée pour Catherine et Lisa. Droit dans le soleil est joué dans une version, belle, tendre et émotive. Contrairement à La Cigale où Bertrand perdait souvent le fil au même moment, la chanson se déroule sans oubli de texte et ce depuis plusieurs dates maintenant, sauf ce soir où il recommence la dernière strophe par ces deux phrases qui lui échappaient justement : « Dans le parfum des nuits sans pareil / Et l’éclat des corps qui s’émerveillent », mais retrouve instantanément la suite pour clore le morceau avec délicatesse.

Arrive un petit temps de latence où l’enchaînement traîne. Bertrand gratouille sa guitare et en plaisantant chuchote : « Putain ils sont lents les copains » (qui arrivent tranquillement sous des sifflements et huées affectueuses) « ils devaient dormir où boire un coup, je sais pas. » Et pour combler le silence : « Vous avez apprécié j’espère… nos amies Lisa Berg et Catherine Graindorge. L’une au clairon, l’autre à la mandoline comme vous avez pu constater « .

Glimmer in your eyes peut enfin débuter avec tout le monde, et c’est un nouveau serrement au coeur tant les cordes dénudent le morceau jusqu’à l’os.

Les musiciennes quittent alors la scène bientôt grignotées de percussions technoïdes en partance vers la transe… et Bertrand pense… tout haut :

« Dédié à Etienne de la Boétie… un punk ! «  : Sa majesté délivre donc ses sous-entendus au long du morceau « De notre servitude elle tire sa plénitude, elle… Elle déploie ses ailes…. J’ai entendu cette nuit que la puissance était belle et le pouvoir haïssable. Nous sommes dans une époque où la puissance n’a plus sa place mais où le pouvoir est partout, partout, partout… parrrtouuuut. C’est une partouze le pouvoir, le pouvoir est partouze. Ah c’est trop cool le pouvoir ! « 

Et plus loin, au coeur de l’amer :

« En hommage au courage, en hommage au courage de nos chers politiques, en hommage au courage de nos chers médias car eux sont tellement convaincus, tellement ! Toujours prêts pour enfoncer… y a un monde fou ! Nous les en remercions au passage pour tous les problèmes qu’ils nous ont toujours faits. En attendant… sa majesté domine bien son sujet ».

Un réquisitoire en chassant un autre, le début rythmique d’ Un jour en France appelle à l’attention et on guette maintenant ironiquement le fin mot d’allégeance: « Une chanson pour célébrer la montée du Front National… Non j’ déconne. On sait jamais, de nos jours !!! » réplique Bertrand pour ce brûlot toujours autant d’actualité.

Et si Fin de siècle se maîtrise, Tostaky s’éternise. De plus en plus Détroit aime à explorer les morceaux sur la longueur, à étirer l’instant et lui faire cracher sa sève… car la version de ce soir va également atteindre les 10 minutes et qu’il est bon d’être ainsi dépassés. Les musiciens, eux, quittent la scène… lessivés !

Pascal

De retour avec les musiciennes, Bertrand les salue de nouveau :

« Merci à notre amie Luxembourgeoise Lisa et à notre amie Belge Catherine. Donc pour placer de l’argent il vaut mieux le Luxembourg… hein, comme un certain nombre de salauds de cette belle ville, par exemple. Non mais je dis ça, Lisa, c’est pas contre toi… Pour manger des frites et des moules d’après Catherine c’est mieux la Belgique. Et voilà. De toutes façons, on dit des conneries, on ne dit pas des conneries… les médias s’en foutent, alors autant qu’on dise des conneries… Quelqu’un n’a pas envie de dire un truc, des trucs ? «   S’ensuit un dialogue de sourds entre Bertrand et un spectateur qui s’interpose avec ce que clame un autre. « Mais tu vas, mais tu vas te taire… mais c’est pas possible » l’enguirlande gentiment Bertrand.

« Je vois un drapeau anglais derrière ce téléphone, vous n’avez pas honte ? «  continue-t-il en plaisantant sous une huée enfantine. « C’est le soir où on se fait des amis ! Ah là là, heureusement la poésie encore parfois surgit parmi nous. Je ne parle pas forcément de la nôtre, je parle de la poésie… » « La mienne !  » éructe un type en le coupant. « La tienne par exemple… tu viens nous en dire un ?  » Mais pas de réaction de l’intéressé !

« Par exemple notre ami  Souleymane que j’ai aperçu tout à l’heure va nous dire quelque chose. » L’homme qui se tient dans l’ombre des coulisses pénètre alors sur scène et nous délivre un texte magnifique : Les poètes se cachent pour écrire.

Quelle belle surprise encore que d’entendre percuter ses mots extatiques dans cette salle mythique. Les deux hommes se connaissent bien et ce poète sénégalais est souvent invité sur les dates de Détroit, à notre plus grand plaisir.

Souleyman D. Olympia 15 oct 14

« Mr Souleymane  Diamanka. » énonce Bertrand que la foule applaudit.

Puis : «  Il parait que le Mali devient un paradis fiscal ? Bon, on verra ça plus tard, d’accord !  » continue-t-il, décidément volubile ce soir…

Alors place à la musique : Le vent nous portera prend presque des allures tziganes avec le violon de Catherine et se prolonge naturellement comme s’il ne pouvait prendre fin. La fête est belle, pleine et vole désormais à haute altitude.

« Merci beaucoup. Vous êtes fabuleux. On a vraiment de la chance, merci d’être là ».

Et je me répète, mais on a rarement vu autant de chaleur d’un bout à l’autre d’un concert. 

Puis, se préparant pour le final Bertrand lance : 

« Là on va avoir besoin d’aide ». Car c’est le moment de  Comme elle vient que tous s’empressent déjà de fredonner.

Le voyage prend fin au bout de 7 minutes de folie pure dans ce cahot échauffé de plaisir d’où personne ne veut partir. 

« Allez courage, courage, encore courage » clame Bertrand pendant que les musiciens arpentent la scène de long en large pour les saluts partagés avec le public. Et le groupe est pris en otage par la foule qui de tous côtés se remet à scander le refrain dans un au revoir qui va encore durer une éternité.

Avec Détroit c’est une marche d’exil vers le bonheur retrouvé et il est bon d’y participer.

saluts

Photos : ©Frédéric Lemaître

 

(Les morceaux en rouge vous invitent à en voir les captations vidéos amateurs)

 

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