Livre Deuxième (chapitre 8 )

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« Isabella is dead » ©Frédéric Lemaître (Sculpture 1988 – Photo 2014)

Automne 1988 – Printemps 1989

« Rien n’intervenait plus des désordres passés. Il ne subsistait plus qu’une douceur factice, et nous restions là bercés dans le refus parmi eux. J’étais secoué par ce sanglot imperceptible qui scandait ma vie depuis si longtemps »

Viviane Forrester  (L’oeil de la nuit)

Novembre en lambeaux. 

S’il fallait cesser de se mentir, le constat serait sans appel. Et le petit nom d’amour entre Pâquerette et moi s’écrirait ECHEC.

Ainsi d’un balancement lent et nauséeux, immanquablement je creusais la fosse de notre incapacité à nous réunir et m’enfonçais dans un mutisme d’une froideur inaltérable.

Et tout aurait pu finir là, en une seconde.

Le train à grande vitesse embrassant le quai avec démence manqua de me happer en me fouettant de son air violent et me fit instantanément sortir de ma rêverie en une révélation éclatante :

Assez des tergiversations, assez des indécisions et des poses vomissantes d’intentions… Envoyons tout valser. Vidé d’amour j’étais.

Je fis le voyage jusqu’à Nevers dans un état second, libéré des entraves et sonné de raison. A l’approche de la ville, en traversant le wagon sans lumière de 1er classe je fus surpris du froid glacial qui y régnait. Un instant j’eus la sensation de traverser une morgue. Et pourtant la rame pullulait d’hommes d’affaires, certes assis et peu loquaces mais bien vivants semblaient-ils.

Et c’est presque sans étonnement que je tombai sur Pâquerette en sortant de la gare. Sans le savoir nous étions dans le même train, transportant notre peine comme un fardeau clandestin. Car c’est encore par séparation que nous avions partagé ce voyage et ensemble que nous avions échoué, loin l’un de l’autre.

Elle dit : « C’est beau ce hasard »

Je ne me retrouvais pas dans la beauté du ratage. Je n’osai dire que j’avais épuisé toute marche vers elle.

Je la regardai, absent. 

Triste comme les filles chez Modigliani, elle ressemblait à cette ville morne où nous retournions. Narquois, le temps gris offrait la métaphore du déclin de mon amour pour elle et la défaillance de notre liaison.

Marcher vers le centre ville. Eviter de se parler, de se regarder.

Et pourtant si fort, l’impact du silence meurtri.

Pensées scandées de formes abstraites, organiques… encadrant de mystère l’apparence délétère.

Un bouquet où se mêlent l’ancolie et les fleurs des cimetières.

Une poésie en train… de naître.

Larvaire, suicidaire, sans répit.

Le ciel en béances, nuit profonde. Amour Mort.

Et quand les ricochets des jours se diffractent en mille peines de nuit,

que les regrets se noient sous les couches de nos malentendus,

aucuns mots ne sauraient nous étreindre et réchauffer nos coeurs.

Et quand les mots filent et perdent leur sang, c’est toute l’âme à raser qui s’impose, gonflée d’orgueil, si grossière et vile que, sans peine, on l’ampute !

Se libérer des chimères, se défaire des attraits et muer à l’envers.

Mais pour ce qui est de se nettoyer l’âme, dans ces moments là on aspire à tort.

Et dans cette nuit sans heurts je nage en soubresauts. Le fluide de mon regard s’écoule de ne rien dire et assèche toute insoumission, ankylosé  d’un trop plein d’espérance. Je survole ainsi l’oraison et tente de tarir ma peine.

Et, funambule, tu danses le déséquilibre sur ce fil si ténu, inconsistant… J’efface les traits de ton visage et j’ai face à moi une étoile qui se fond dans la nuit comme nébuleuse au soleil, anéantissant tout de mon désarroi même.

On s’écartèle de remords, on mord de séquelles et je jette à l’ennui le peu de jugeote qui me reste tant mon sourire meure à ton indolence.

Fais donc de mon souvenir ce que tu veux, pour ma part l’histoire est encrée.

Déchéance de l’illusoire. Chapitre de deuil, chapitre dernier avant l’abondance, c’est par la fuite encore qu’adviendrait l’échéance de notre histoire, qu’agoniserait lentement l’espoir, modelant l’esthétique de la ruine en une somptuosité du vide… 

« Mourir de silence » scandait Nietzsche qui, après avoir publié les trois premières parties de  Zarathoustra aussitôt tombées dans la plus muette indifférence comme le souligne Guy de Pourtalès, dû se résoudre à faire les frais d’un minuscule tirage pour imprimer la quatrième. « Je serai célèbre dans quarante ans » avait-il lancé aux pensionnaires de son hôtel dont vous pouvez imaginer le ricanement.

Mais je m’égare et ma pensée s’agite… et rame de désespérance sous des allures de nonchalance…

Et de silence encore la France fut stupéfaite :

Disparu en août, le corps de Pauline Lafont fut retrouvé au pied d’un ravin à la fin novembre, décomposé. La presse, toujours si au courant de tout disait qu’elle s’était réfugiée dans un couvent.

Accident, suicide ? Toujours de mystère sera nimbé cet abandon. Séparée depuis peu d’avec Jacno criant son désespoir, elle confessait à la presse quelque temps auparavant : « Que c’est dur de vivre une rupture ! Je n’y arriverai pas ! Je me retrouve seule aujourd’hui et je ne le supporte pas. » Elle avait 25 ans.

Stérilité des anniversaires. 

Les 18 ans de Cyril se dispersèrent dans une nuit sans bruit, tout comme les 50 ans de mon père envoyés comme misères au chapitres des exclus. Balayé de mépris, mon cadeau surprise de lui faire écouter la reprise d’ « Amsterdam » de Brel, délicieusement éructé par Schultz de Parabellum creusa plus encore le sillon entre nos deux générations. Ce fût comme une redite de cet épisode ancien quand, quelques années auparavant en pleine nuit sur une aire d’autoroute, je ne reçus que moqueries et dédain lorsque, fier de moi, j’avais mis dans mon magnétophone le même morceau repris cette fois-ci par Bowie 

« Ni le feu ni la glace ne sauraient atteindre en intensité ce qu’enferme un homme dans les illusions de son coeur. »  (The Great Gatsby)

Décembre au tombeau.

Alors, à l’image du « Gatsby » de Fitzgerald que je traînai en poche,  j’écumais et je fuyais les rues de Paris fastes et joyeuses pour m’ensevelir plus encore aux arômes de la nuit et me couvrir de tranquillité en passant les portes de l’Elysée Montmartre pour la première fois.

Le concert de Dead Can Dance réduisit de poussière les dernières strates d’affliction agrippée à ma raison… 

Mettant en valeur leur quatrième album sorti à l’automne et assortie de perles des précédents disques, la soirée fut parsemée d’inédits et de raretés comme ce poignant « Dreams made flesh » et j’avoue que j’en eux les larmes aux yeux. Lisa Gerrard, cheveux d’or détachés sur une robe de velours noir, se déplaçait très lentement à la fin des morceaux comme si tous gestes déplacés étaient en pouvoir d’ effondrer l’édifice. Dés le début elle demanda de ne pas fumer et tout le monde respecta scrupuleusement son voeux. Quand elle chantait ses lèvres tremblaient et son regard regardait loin, loin devant.

Brendan Perry, impressionnant barde des temps modernes et multi-instrumentiste, passait de la vielle à l’accordéon et de la guitare aux percussions. Et toute l’assistance fut comblée devant ce rituel qu’aujourd’hui je survole avec étrangeté.  Cinq rappels plus tard Lisa s’arrêta, sourit, embrassa ses mains et envoya un baiser furtif vers une salle qui cessa d’être  obscur tant la félicité et le bien-être se répandit parmi tous ces gens en noir, peuplade Coldwave dont je faisais partie, et qui se dispersa dans le solstice d’hiver à la faveur d’une nuit pleine de quiétude.

« Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé. » (The Great Gatsby)

Et c’est dans de  beaux draps que je me retrouvai au milieu d’un marché aux livres où je tombai sur un interdit de Céline, sans couverture et perdu au milieu des bouquins de prières et des recettes de cuisine.

La marchande tiqua un instant, renifla, effeuilla l’énergumène et le laissa pour trois sous.

« C’est le diable » dit-elle. 

Dans sa bouche c’était presque un compliment !

Mais faites donc avec toutes les erreurs passées, répertoriées aux anonymes absents.

Et je m’entaille sur les rails du conformisme comme bloqué sur le même sillon d’obsédantes liaisons. 

Et ça voltige de liberté derrière les cages des délivrances et chacun découpe son espace et chaque seconde coûte au geste cadencé… avec toute la peine d’y échapper. 

Le souffle court, l’haleine épars, je m’évente, je balaie, évacue à l’évidence la farce des certitudes.

« Avance, avance »  crie en nous la rage d’exister où psalmodie le hasard d’un coup de dés.

Tout se délite de convenances.

Il faut bien se rendre compte que toute action est friable et que chacun boit à la source d’une ténébrosité unique.

Et je sature d’absence, bascule d’immanence à tes fantômes cernés.

C’est si rare de se croiser, de s’élancer de la même trace, se mélanger au même baiser, et jouir d’une même audace.

De toi reste en suspens ce que peut présager d’acide un serment.

Fin d’une époque, refrain d’ennui. Et lorsqu’on évoque cette vie au ralenti, l’âme d’une altitude se trouble de dépit… que je laisse à l’amnésie.

Et si je fais cette tête de déterré c’est que, d’aspect timide, j’inaugure mon spleen avec prudence, dépossession d’âme avant inventaire.

On est au coeur de l’insondable, perplexe soupir d’une vie jetable.

Haro à l’interférence

Une sensibilité effleurée de peu. 

j’aime ce qui n’arrive pas, 

ce qui est aux abois, 

ton corps sourd qui sonde l’émoi

et s’éteint d’une impatience…

obscure attente éviscérée de moi.

Et ainsi s’interrompt tout flamboiement.

De quoi rester ensemble cois,

crucifiés au même silence.

Et, des méandres plein la tête, je revins des secousses au coeur d’une caserne ridiculement apprêtée. Titubante de bêtise, s’essayant aux réjouissances sans que j’y accorde la moindre importance.

« Noël est une fête triste » pensais-je. 

« Je n’y comprends rien. Est-ce ma vie qui est un drame ? Je n’y comprends rien. »

Après quelques valses d’éberlués et quelques verres (faussement) soutenus d’abnégation par pur esprit de contradiction, je ne savais alors plus rien de rien. Fatigue… Alcool… Vide.    

Mes repères guinchaient au sabordage, énucléés de raisons.

Et, quelque part à la télé, pendant que Catherine Deneuve métamorphosée en « Peau d’âne » chantait  Amour amour, je t’aime tant, je repensais à « La Maison de l’inceste » d’Anaïs Nin, et du sentiment curieux de se sentir étranger à soi-même :

« Lorsque je me tiens devant le miroir, je ris de moi-même. Je ne puis concevoir comment toutes ces pièces détachées peuvent être moi. Je n’existe pas. Je ne suis pas un corps. Lorsque je serre des mains, j’ai l’impression que la personne est si loin qu’elle se trouve dans l’autre chambre et que ma main y est également. »

Une liste de noël s’esquissait à la cime des rêveries, celle des auteurs lus imprégnée de celle encore à venir. 

« Bonsoir Mr kafka, pas trop fatiguant ce procès ?  » 

« Oh Mr Barjavel, votre nuit des temps me glace le sang »

« Quel joueur ce Doïstoevski Mr Rilke ! »

« Oh, pas tant que vous cher Vian… Veillez bien à votre herbe qui se répand ! »

« Saluez Mr Bradbury pour moi Mr Carsac »

« Au plaisir Mr Mallet, mais je vous laisse à votre quai, Mr Sartre à la mort dans l’âme. »

« On dit que Mr Rampa est un imposteur mon cher Rimbaud »

« Oh vous savez ce que j’en pense moi, de vos considérations Mr Pagnol ? L’obscurité n’altère en rien l’acuité des voyants. »

C’est alors avec frénésie que je passai cet hiver carcéral au sein de créations solitaires entre collages Dada et invention d’une armée de petits personnages filiformes dont je traçais la forme sous haute température à l’aide d’un fer à souder et de fils de plomb. Chacun avait son nom, son inspiration creusée au coeur des mythologies. Véritable présence extra-terrestre qui faisait écho aux nombreux ouvrages de science-fiction que je dévorais et à mon attraction pour les sculptures de Giacometti.

Chanson du soir :  « Marônium » Les Tétines Noires

Janvier 1989 

Course folle dans les rues de Paris, je visais au néant l’espoir d’y retourner.

Et c’est au centre de l’hiver que je tentais un réchauffement à la froideur d’un climat de braise morte. intrusion fortuite dans celui, étouffé, de Pâquerette

Mais quand l’amour est décousu à quoi bon repriser !

Et bien futile nous apparait ensuite l’ultime tentative d’un rapprochement.

Silence, retard, absence, tels furent les derniers coups portés, m’envoyant au tapis. 

K.O qui, une fois encore ne comptait pas sa faim d’en démordre.

Ainsi les plaisirs d’hier se fanent au désaveu d’un quotidien sans saveur…

Le concert de Gamine attendu comme une épiphanie sombra de toutes parts. Joué en force dans un Elysée Montmartre perclus de nervosité , il affecta ma fougue et me laissa un goût amer à la bouche. 

Et toute magie se dissipa.

 

Dijon, février 1989

Au petit matin, en sortant du train dans une brume épaisse je faillis percuter une jeune femme qui, simplement vêtue d’une chemise longue faisait des va-et-vient au pied d’un mur.

Par à-coups elle appelait : « Paul, paul… », les yeux perdus dans le vague et fixant sommairement un point invisible derrière elle.

Neige et liberté. Voici ce que je trouvai en ressortant de l’hôpital militaire où j’étais venu passer une visite chez le dentiste.

 Le portrait le plus juste de moi serait cette silhouette floue qui marche dans le froid d’une ville inconnue.

Gagné par le temps glacial je me faufilai à l’intérieur d’un café pour y écrire mon journal de bord lamentablement bâclé mais qui pourrait servir un jour comme une lumière en lisière de mes écrits. Le bar, empli de trentenaires au liasses déformant leurs poches n’avait rien d’attrayant. Imperturbable, un peu plus en retrait du comptoir, une femme à la quarantaine joliment épanouie lisait « Le Parfum » de Süskind dont j’avais brièvement entendu parler. Et, doré à la chaleur d’une paix retrouvée je pris plaisir à vivre cet instant et inhaler la sensation présente. Les voyages, les déplacements de pensées même, étaient une façon de progresser dans un bien-être permanent avec la vie, oubliant presque cette obsession carne d’avoir le sentiment de vivre mes dernières heures…

En reprenant le chemin de la gare je fus accaparé par un graffiti sur un mur. Le message si spontané était adressé à une fille et disait : « Ma petite Maude, j’ai si froid et tu as posé tes lèvres glacées sur les miennes en m’embrassant ».

Dans ce hiver étincelant on aurait pu croire ce mot provenir de la dernière nuit, du matin même… Je me disais : « C’est Paul, et c’est lui qu’elle cherche maintenant. »

D’une errance à l’autre, c’est avec allégresse qu’à mon tour j’embrassai l’imprévu. Le train retour de 18h me permettant la délectation prolongée de cette journée, je franchis les portes du cinéma pour la projection de « Camille Claudel ».

 Mis en scène par Bruno Nuytten, ce film de 3h m’emporta dans une sphère sensitive évoluant au nerf de la création et de ses embrasements. Par les yeux, le corps et la vigueur dIsabelle Adjani, je fis connaissance de cette artiste radicale comme on se coupe du monde pour ne plus voir qu’elle. Pour Rodin même, ce fût une rencontre  décisive: « J’ai le double de votre âge et nos souvenirs seront les mêmes » murmurait-il par la bouche d’un Gérard Depardieu immense. Jamais la sculpture ne m’avait enthousiasmé à ce point, faisant vie totale avec le corps jusqu’à la destruction. L’évocation de Paul, son frère qu’elle aimait tant me fit immédiatement repenser à la jeune femme désemparée que j’avais croisé le matin, allant et venant comme une possédée avec ce seul prénom à la bouche. J’avais donc peut-être déjà croisé Camille sans le savoir. 

« L’inachevé des hasards » disait Rodin.

La scène finale me porta droit au coeur lorsque, l’éloignant de sa famille, la voiture à chevaux l’emporta pour l’asile, son regard coincé derrière la petite grille avec en dessous l’inscription : Maison d’arrêt de Ville Evrard. J’eus bien entendu une pensée pour Antonin Artaud qui y séjourna aussi.

Camille Claudel fut ensuite transférée à  l’asile d’aliénés de Montdevergues dans le Vaucluse et y passa presque trente années jusqu’à y mourir sans jamais en sortir. Seul Paul vint la voir à vingt reprises. En vain…

Chanson du soir : « Something must break » Joy Division

Nevers m’accueillit pour un nouveau week-end de perm et l’ambiance bascula de joie et de rires décalés avec les concerts des VRP (anciennement Les Nonnes Troppo) caricaturés en commerçants sans vergogne : costards ringards, cravates, barbes au crayon, des vraies têtes de Pieds Nicklés. Leurs chansons drôles et ironiques nous ravirent. Ils balancèrent un livre de fesses dans le public pendant la chanson du même nom. Le magazine fut donc écartelé, effeuillé et dispersé au quatre coins du petit théâtre dans un joyeux bordel si je puis dire !

Puis ce fût au tour des Belges Sttellla que nous avions déjà également vus au festival « De Nevers à l’aube ». Là encore, leurs chansons aux jeux de mots douteux, désopilants ou impitoyables, au grès des goût, firent mouche. J’achetai leur vinyl 90 tours (deux 45 t) au titre efficace : « Les poissons s’en fichent et les pieds sans foutent ». Encore fallait-il parler anglais.

Ce qui était le cas de Kassey que je croisai à la sortie. Cette année militaire nous avait insidieusement éloigné, et il me confia, quoi qu’il en soit, ne plus voir personne actuellement, restant évasif sur le fait qu’il passait maintenant la plupart de son temps avec Kaouira, cette belle marocaine dont le sang battait la mesure avec force et frénésie. Beaucoup de monde trouvait insupportable son franc-parlé et elle n’avait pas que des amis. En privé elle était des plus sincères, s’acharnant à dépecer toute peau de la parure des mots, et des positionnements humains. A vif, leur vie côte à côte tendait à faire des étincelles comme vous pouvez vous en douter. Mais nous y reviendrons aimable lecteur.

Givet, avril 1989 

Passant par Charleville-Mézières, cette bonne vieille ville qui vit naître Rimbaud, (qui n’est d’aucun pays car lui est poète… il habite le monde) je me retrouvai dans ce nord-est de la France pour une dernière mission militaire d’un mois, coincé dans une forteresse sur les hauteurs de la ville.  

Je ne vais pas vous emmerder plus longtemps avec ces histoires de bidasses et de demeurés en tous genres, non !

Si j’aborde le sujet c’est bien pour des raisons plus fraternelles.

Rares sont les belles personnes que l’on croise au sein de ces corporations dégoulinantes de mauvais goûts et abruties de médiocrité.

Mais parfois, une perle rare apparaît à notre seuil.

Le brigadier Soulard  fût le seul à nous réveiller chaque matin, en douceur, sans bruit et avec une extrême gentillesse. De nature curieuse, comme moi, nous en vînmes à parler musique et découvrir que nous écoutions les mêmes choses. Lui de Bordeaux, moi de Nevers, nous pouvions faire un tour de France des groupes qui étaient passés par chez nous. 

« Mais, Bordeaux dis tu ! Il y a des gens que j’adore là-bas » dis-je, « Kid Pharaon, Gamine… »

« Et Noir Désir aussi » répliqua t-il

Le peu que j’en avais entendu m’avait… sinon intrigué, mais surtout peu intéressé. Parcouru rapidement et sans entrain, leur premier album avait laissé en moi ce souvenir de filles hystériques hurlant à la lune un refrain immature…

« J’ai un peu travaillé avec eux sur des concerts » me dit-il en me tendant une k7. 

« Ecoute ça, c’est leur deuxième album sorti il y a peu et ça va être énorme sur scène ! « . Mais après écoute de « Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) » , quelque chose en moi refusait de se rendre à l’évidence… et c’est dubitatif que je lui rendis son bien. Qui plus est, le chanteur faisait référence à Lautréamont dans une chanson. Imaginez… mon auteur favori !!! 

Ce qui d’autant plus, aurait du me mettre la puce à l’oreille, voire le poux à la tête, me fit au contraire bloquer sur ma première impression. Mais pour quelques semaines seulement !!! Car je ne savais pas encore que j’allais croiser leur chemin en juin prochain !

Et que la résultante en serait… irrémédiable.

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